Georges Hugnet naît dans une famille de la bonne bourgeoise du Faubourg Saint-Antoine. Il passe sa petite enfance en Argentine où son père a ouvert une succursale de la Maison Hugnet, une des plus importantes maisons d’ébénisterie, de décoration et d’aménagement, sise au Faubourg Saint-Antoine.
Premier historien du mouvement Dada dont les études, parues dès 1924 dans des revues telles que Cahiers d’Art et Minotaure, ont retenu l’attention d’André Breton, il intègre le groupe surréaliste en 1932. Georges Hugnet quitte le groupe surréaliste en 1939.
Passée cette expérience collective, Georges Hugnet continue sa recherche de l’absolu poétique et de la beauté graphique par les décalcomanies automatiques à l’encre noire, technique mise au point avec son ami Oscar Dominguez, les photo-montages et collages photographiques, les découpages de journaux et l’assemblage de matériaux divers : objets trouvés, bois flottés, cailloux, algues marines, papiers déchirés, etc. Les œuvres qui en résultent deviennent autant de bestiaires, autant d’herbiers, autant d’univers oniriques considérés comme autant d’expérimentations poétiques graphiques.
George HUGNET (1904-1974)
Le Scribe du Louvre ou Bouddha, 1961
Collage sur papier
Monogrammé G.H. daté et dédicacé
« À Liliane à Jean-Paul Crespelle – de tout cœur » en bas à droite.
44 x 32 cm
Provenance :
Collection Pierre et Franca Belfond
Collection particulière, Paris
C’est dans ce contexte qu’il réalise en 1961 un collage intrigant, oscillant entre la figure du Bouddha et une réinterprétation du Scribe du Louvre. Monogrammé et dédicacé « À Liliane et Jean-Paul Crespelle – de tout cœur », cette œuvre témoigne du lien entre Hugnet et Jean-Paul Crespelle, journaliste, écrivain et critique d’art. Auteur d’ouvrages historiques majeurs sur la vie artistique parisienne, il a consacré plusieurs livres aux avant-gardes et à la vie culturelle de Montmartre et Montparnasse, retraçant l’évolution des mouvements artistiques au XXe siècle.
Le Scribe du Louvre est le symbole d’une société ou l’écriture et la lecture sont considérées comme les fondements de la sagesse et de l’art de gouverner.
La posture de la figure centrale, assise en tailleur et plongée dans une forme de concentration, évoque immédiatement une iconographie bouddhique. Pourtant, sa ressemblance frappante avec le Scribe du Louvre ouvre une lecture plus nuancée. Cette double référence place l’œuvre dans un espace de tension, oscillant entre sagesse antique et méditation spirituelle, écriture et silence, savoir et introspection. Son corps fragmenté, surmonté d’une chevelure s’élevant en flamme, semble flotter entre deux réalités. L’anneau de flammes bleues qui l’entoure, à la fois auréole incandescente et barrière protectrice, renforce cette impression de transition ou d’état méditatif exacerbé. L’ajout d’éléments comme le crayon et le livre orné de lèvres accentue cette tension entre écriture et parole, transmission et effacement. Le crayon pourrait également faire écho au travail d’écrivain de Jean-Paul Crespelle, à qui l’œuvre est dédicacée. Associé au livre orné de lèvres, il suggère une réflexion sur la transmission du savoir et la place de l’écrit.
Ce collage de 1961 s’inscrit dans la continuité du travail de Hugnet, conservant des éléments caractéristiques du surréalisme-détournement d’images, exploration du subconscient et esthétique du rêve éveillé tout en intégrant une approche plus symboliste et introspective. À travers celle-ci, Hugnet semble interroger la nature même de la connaissance et de la mémoire, entre l’héritage des civilisations anciennes et une quête plus personnelle de sens.
Après sa mort en 1974, sa production continue d’être célébrée.
En 1978, le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective intitulée « Les Pérégrinations de Georges Hugnet », mettant en lumière ses innovations dans les domaines du collage, du photomontage et de la décalcomanie.
Aujourd’hui son corpus est perçu comme une exploration libre et protéiforme de l’image et du langage, oscillant entre surréalisme, poésie visuelle et expérimentation plastique. Cinquante ans après, le travail de Georges Hugnet conserve toute sa force et sa singularité. Son approche expérimentale et son esprit libre résonnent encore aujourd’hui, témoignant d’une vision où l’art demeure un terrain d’exploration, de détournement et de transformation continue.